Sept milliards de pervers (transsexuels)


They said I couldn’t live as a gay man, but it looks like I’m going to die like one.

Lou Sullivan


Les pédés sont partout. Pas seulement chez les blancs cis bourgeois. Ce qui ne semble pas être un constat difficile à accepter quand il s’agit d’avoir accès à nos culs.

Les pédés cis sont contents de pouvoir nous baiser, mais on doit rester des créatures d’internet et de chambre à coucher. On le ressent bien dans les lieux de sociabilité gay -bars, saunas, assos…- où on aurait l’audace de prétendre exister en-dehors de leurs fantasmes d’encanaillement et d’ouverture d’esprit par le cul. De toute façon on est trans, donc notre « communauté » c’est la « communauté trans » no ? Pas la « communauté gay » qui par définition n’est comprise que d’hommes gay et donc pas de nous puisque nous sommes des hommes trans.

Ce qui est fascinant, c’est que les plus politisés sont capables de dire qu’il y a de la transphobie dans la communauté et que c’est mal, mais semble-t-il toujours en considérant ça comme un problème périphérique. « Ah oui ouloulou ils sont transphobes hein les pédés c’est relou » ok vu mec. On s’en cogne que tu compatisses en fait. Tant que tu continues de considérer que les pédés transphobes font quand même plus partie de ta communauté que les pédés trans, ça ne fera pas une grande différence pour moi.

Bien sûr qu’on ne me voit jamais en soirée, en réu, en manif. Il faut voir l’accueil quand on tente une sortie hors du milieu « meufgouinetrans » qui nous est assigné (c’est notre habitat naturel semble-t-il, d’ailleurs il y a trans dans le nom).

Encore une fois, il va falloir expliquer que « transphobe » ce n’est pas forcément casser la gueule aux gens ou leur interdire l’accès à l’événement. C’est, en fait, tout ce qui nous empêche d’exister tels que nous sommes. Et on ne peut pas exister en étant traités comme des outsiders perpétuels. Comme des « les filles », des « vous êtes là pour quoi ? », des « vous vous rendez pas compte de ce que c’est la communauté gay ».

On ne peut pas se dire qu’on a qu’à y aller et voir ce qui se passe, quand tous les mecs qu’on chope sur internet insistent que quand même, on doit avoir du mal à pécho, heureusement que moi je suis ouvert d’esprit. C’est évident, on a compris bien avant d’envisager franchir les portes du club ou de l’AG qu’on y aurait de toute façon pas notre place. Qu’il faudrait au minimum être stealth pour ne pas être dévisagé et méprisé.

Il m’a fallu plus de vingt ans pour comprendre que j’étais un mec, parce que j’étais attiré par les hommes. J’ai bien intégré que pour la société, un pédé n’est pas un vrai mec. Alors aujourd’hui, rien ne me dit plus que je ne suis pas un vrai mec que la transphobie des pédés.